15 mai 2022

L’inconnue persistait depuis le 3 mai dernier, date à laquelle le Pape François avait validé officiellement sept causes de canonisation dont celle de Charles de Foucauld, à l’occasion d’un consistoire public ordinaire. En raison de la pandémie, aucune date de canonisation n’avait cependant pu être fixée.

Le “frère universel“ et six autres bienheureux seront donc officiellement déclarés saints le 15 mai prochain, 5e dimanche de Pâques, à Rome comme c’est presque toujours le cas pour une canonisation.

Outre Charles de Foucauld, béatifié le 13 novembre 2005 par Benoît XVI, cette canonisation concerne :

  • Lazare Devasahyam Pillai, laïc tamoul, martyr ;
  • Le bienheureux César de Bus, prêtre français, fondateur de la Congrégation des Pères de la Doctrine chrétienne ;
  • Le bienheureux Luigi Maria Palazzolo, prêtre italien, fondateur de l’Institut des Sœurs des Pauvres – Institut Palazzolo ;
  • Le bienheureux Justin Maria Russolillo, prêtre italien, fondateur de la Société des

Vocations Divines et de la Congrégation des Sœurs des Vocations Divines ; – La bienheureuse Marie-Françoise de Jésus (née Anna Maria Rubatto), religieuse italienne, fondatrice des Sœurs Tertiaires Capucines de Loano ;

  • La bienheureuse Maria Domenica Mantovani, religieuse italienne, cofondatrice et première supérieure générale de l’Institut des Petites Sœurs de la Sainte Famille.

Ces futurs saints «en diverses époques et avec des vocations différentes, ont témoigné, les uns par le don suprême de la vie, les autres par l’exercice héroïque de la charité et de la vertu, de la fécondité de la Pâque du Christ, source d’espérance», avait expliqué lors du consistoire du 3 mai dernier le cardinal Marcello Semeraro, préfet de la Congrégation pour la cause des saints.

Confinement, attentats… Charles de Foucauld, un saint pour aujourd’hui

Bientôt canonisé, Charles de Foucauld, qui a vécu parmi les musulmans, incarne un message puissant de fraternité universelle. Voici les clés de la spiritualité du dialogue du missionnaire du désert à méditer en ce temps de peur suscitée par des attaques terroristes.

Charles de Foucauld a témoigné toute sa vie d’une grande cohérence de son apostolat de prière, de silence et d’amitié au milieu de ses frères musulmans. Sa manière d’évangéliser et de porter Jésus est reconnue comme un modèle, les « pauvres » étant pour ce mystique du désert ceux qui n’avaient jamais entendu parler du Christ. Si Charles de Foucauld est un saint pour notre temps, c’est parce qu’il est le saint du pardon, de la miséricorde et du véritable dialogue.

Être un Évangile vivant

La méthode de Charles de Foucauld, c’est l’apostolat de la bonté du « frère universel ». Ce mystique du désert a souhaité montrer par toute sa vie ce que c’est que d’être un Évangile vivant. « Qu’est-ce que vous êtes prêt à faire pour ces gens ? », lui avait demandé son supérieur religieux local au Sahara, Mgr Charles Guérin. Le missionnaire lui avait alors répondu qu’il était prêt à aller au bout du monde et jusqu’à la fin des temps.

Être un frère universel

Pour le frère Jean-François Berjonneau, de la Fraternité sacerdotale Iesus Caritas, auteur d’un essai Spiritualité du dialogue de Charles de Foucauld, on peut considérer ce dernier comme un pionnier du dialogue. Le missionnaire a institué avec les Touaregs de Tamanrasset « ce dialogue de la vie présenté par le Concile et en particulier par l’encyclique Ecclesiam Suam de Paul VI comme la base fondamentale de tout dialogue », précise-t-il.

Il a consacré toute son énergie et une grande partie de son temps à apprendre la langue du peuple avec lequel il vivait, en entamant des conversations toutes simples, enracinées dans les choses de la vie quotidienne, en s’ouvrant à la poésie de ce peuple. C’est ainsi qu’il a ouvert un dialogue entre lui et ses hôtes dans un climat de confiance au point qu’il est devenu pour eux un ami.

Être un ami

Charles de Foucauld a passé un long temps à se familiariser avec la poésie touarègue. Il a compris que la poésie est une manière, pour un peuple, d’exprimer avec son génie propre les sentiments qui l’habitent : joies, émerveillements, émotions, ravissements mais aussi peines et peurs qui peuvent surgir dans sa relation à l’autre, à la nature, au divin…

Pas d’amitié profonde possible alors sans communier à sa manière de se situer dans le monde et dans la nature. Ce mystique du désert  bientôt canonisé a ainsi montré que la mission de l’Église, comme l’explique le frère Jean-François Berjonneau, a ouvert une spiritualité du dialogue avec ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne… mais aussi avec ceux qui la partagent. Voici quelques clés pratiquées par le mystique du Sahara :

  • Accepter le dépaysement en sortant de « chez soi » et en allant sur le terrain de l’autre
  • Respecter la liberté de l’autre
  • Gagner la confiance et devenir un ami
  • S’ajuster au regard de Dieu sur soi et sur ceux qui ne partagent la même foi
  • Se retrouver ensemble sur les terrains communs d’humanité
  • Susciter le dialogue spirituel chaque fois que c’est possible
  • Savoir que la rencontre de l’autre est toujours liée au Mystère pascal.

Une méthode de celui dont la sainteté a rayonné déjà tout au long du XXe siècle, qui semble si inspirante encore aujourd’hui.

Quelques rares photos de Charles de Foucauld au désert

L’accompagnement des catéchumènes

Charles de Foucauld accompagne plusieurs catéchumènes. Plusieurs parmi eux abandonnent mais le père ne se décourage pas. Ici, en 1901 devant son ermitage de BeniAbbès (sud de l’Algérie), avec Joseph, le catéchumène qu’il accompagne.

 

 

Un « frère universel »

Frère universel, il écrit en 1898 : « Ayez au fond de l’âme gravé profondément ce principe d’où tout découle : que tous les hommes sont vraiment, véritablement frères en

Dieu, leur Père commun, et qu’il veut qu’ils se regardent, s’aiment, se traitent, en tout comme les frères les plus tendres ».

 

 

 

Explorateur et ermite

Explorateur au Maroc, ermite au Sahara, Charles de Foucauld éprouve un véritable attrait pour les espaces désertiques. « Il faut passer par le désert et y séjourner », disait-il. C’est dans le désert que Charles de Foucauld a rencontré les Touaregs et qu’il a appris leur langue. Avec eux, il a expérimenté la rencontre.

 

Au service des esclaves

Le « frère universel » se tient ici à côté d’esclaves qu’il a rachetés.

 

 

 

Le désert intérieur

Le désert que traverse Charles de Foucauld est aussi un désert intérieur. « Quand le grain de blé qui tombe à terre ne meurt pas, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruits… Je ne suis pas mort, aussi je suis seul… Priez pour ma conversion, afin que, mourant je porte du fruit », écrit-il le 15 décembre 1904.

 

 

  

Mon Père, Je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.

Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté se fasse en moi,
en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.

Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,
de me remettre entre tes mains,
sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.