La fête du Christ-Roi, célébrée en cette fin d’année liturgique, ne correspond pas à la sensibilité religieuse contemporaine où tout ce qui est triomphalisme, toute manifestation de pouvoir et de puissance dans l’Église est aux antipodes de l’Évangile et tellement malvenue dans le contexte actuel de la situation ecclésiale. ; et pourtant …

La royauté de Jésus dans les évangiles ne fait pas de doute et les évangélistes la mentionnent tout au long de la vie du Seigneur ; on y relève 122 fois l’expression « royaume de Dieu » et 90 fois l’expression est utilisée par Jésus lui-même. Pour apprécier ce genre de suprématie, il nous faut en comprendre la nature qui n’a jamais le sens de pouvoir (politique ou autre), de richesses et de privilèges mais d’une royauté de service, d’humilité et de fraternité.

D’ailleurs, l’Évangile la présente de manière surprenante. « Le Messie de Dieu, l’Élu, le Roi » apparaît sans pouvoir et sans gloire : Il est sur la croix où Il semble être plus vaincu que victorieux : son trône c’est la croix ; sa couronne est d’épines, Il n’a pas de sceptre mais un roseau lui est mis dans la main ; Il ne porte pas d’habits somptueux mais Il est privé de sa tunique ; Il n’a pas d’anneaux étincelants aux doigts mais ses mains sont transpercées par les clous ; Il n’a pas de trésor mais Il est vendu pour trente pièces d’argent. Jésus inverse donc totalement les perspectives : « Les rois des nations commandent en maîtres (…) Pour vous, qu’il n’en soit pas ainsi ; au contraire, que le plus grand d’entre vous se comporte comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert. »

Alors ce serait nous tromper nous-mêmes que de croire que Jésus est Roi de l’univers et centre de l’histoire sans le faire devenir Seigneur de notre vie, sans L’accueillir personnellement, Lui et sa manière de régner. Les personnages de l’Évangile – notamment le Peuple – nous aident à y réfléchir lorsque l’Évangile dit «Le peuple restait là à observer » (Lc 23,35) : personne ne dit un mot, personne ne s’approche.

Face aux circonstances de la vie, devant nos attentes non réalisées, les difficultés du quotidien, devant la totale incompréhension et même la sidération de tant et tant de personnes – croyantes ou pas – face aux scandales révélés au sein de notre Eglise, parfois nous pouvons nous aussi avoir la tentation de nous tenir à part plutôt que de nous approcher et de nous faire proches de nos contemporains (victimes ou non) dans la souffrance, bousculés au plus profond de leur être et pour certains de leur foi. Nous sommes appelés à suivre sa voie royale d’amour concret ; à nous demander, chacun, tous les jours : « Que me demande l’amour, où me pousse-t-il ? Quel visage du Christ peut être perçu à travers ma vie ? Quelles attitudes prendre pour que l’Evangile continue d’être annoncé et reçu ? »

Ne serait-ce pas simplement, partager la souffrance et la sidération de nos contemporains ? Reconnaître humblement ce qui est en respectant la vérité mais en démontant les rumeurs non fondées et en occultant rien de l’abomination des faits ? Vivre la plus grande proximité possible et tisser le plus des liens de confiance et d’amitié avec tous ceux qui sont tentés de s’éloigner ou de quitter l’Eglise?Sr Catherine Aubry