Mercredi des cendres 2026
Joël, 2, 12-18
Où donc est leur Dieu ?
Où est-il ton Dieu entendra l’exilé du psaume 42, persécuté par ses ennemis qui le moquent et raillent. « Que fait-il pour toi ? »
En ce mercredi des cendres, ouverture des 40 jours du Carême, recevoir la supplique du prophète Joël. Il parle au 7e, voire 8e siècle avant notre ère. Son livre est court, moins de 80 versets, 4 chapitres. Et pourtant quelle puissance. Un double fléau s’est abattu sur la Judée : une invasion de sauterelles et la sécheresse. Nous ne savons s’ils furent réels ou non. Mais en tout cas les fléaux, comme les ennemis, ne manquaient pas. Aujourd’hui non plus. En Ukraine, en Iran, des missiles, des mercenaires, des hommes aveuglent d’humanité s’abattent pour dévorer toute vie, ne laisser que des cendres et des ténèbres. Sècheresse intense, tragique, des cœurs et des âmes. Sècheresse du monde qui regarde. Dans trop de terres, les malheurs – silencieux ou non – se déchaînent et pillent les forces de vie, d’espoir, de confiance.
Tout cela vient de la main des hommes. De nulle autre. Ce sont eux qui font « trembler la terre ». En son temps, devant ces catastrophes, Joël lit la colère de Dieu. Aujourd’hui, devant l’état de notre monde, devant l’humanité saccagée, je pense aussi qu’il est colère, Dieu. Mais il ne déchaîne pas son bras. Nous suffisons à provoquer ruines et chagrins. En revanche, peut-être qu’il s’interroge, du fond de son être, de son cœur sans limite « où est-il l’homme ? Où est-il celui que j’ai fait de mes mains, de mon souffle ? celui à ma ressemblance, ceux à mon image ». « Son amour a-t-il donc disparu ? » Non celui de Dieu comme dans l’inquiétude du psalmiste du psaume 76, mais l’amour de l’homme pour son Dieu ? comme pour l’autre humain, pour son autre soi-même. Qu’est-il devenu ?
Si c’était cela qu’il nous fallait recevoir en ce temps de carême ? entendre ainsi l’imploration de Dieu par la voix de son prophète : revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu…
Il ne s’agit pas de rites, d’observances, de sacré, de mise à part. « Vos solennités, je les déteste, elles me sont un fardeau, je suis las de les supporter. Quand vous étendez les mains, je me voile les yeux, vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous. Ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien, cherchez la justice… » (Is 1, 14-17).
Là est avant tout la convocation du carême ; de chaque existence ordinaire qui essaie en vérité de suivre le Seigneur d’en-bas, crucifié pour avoir aimé. Accomplir le jeûne qu’il aime (Is 58, 5-9). Retournement du cœur brisé devant la chair et la vie incarcérées, l’âme, la foi, l’avenir, piétinés et défigurés de tant de femmes et d’hommes, proches ou lointains, mais toujours notre prochain. Du cœur déchiré par l’absence de considération, de sollicitude, par le mensonge et la confusion. Un cœur alors, parce que broyé, qui agit. De ce point de l’âme qui sait qu’en n’honorant pas la place de l’autre, son inaliénable humanité et divinité, je me détruis moi-même et nous nous détruisons comme communauté humaine et embarquée ensemble, qu’on le veuille ou non.
Déchirer les vêtements était signe de deuil, de chagrin, comme l’ami Job quand il apprend la mort de tous ces enfants (1, 20). Alors Job se leva, déchira son manteau, et se rasa la tête ; puis, se jetant par terre, il se prosterna. Aujourd’hui il n’est pas question de deuil, mais de décision, celle de rompre en nous-même avec toute forme violence, de manipulation, d’irrespect. De nous engager à veiller sur notre humanité.
Où est-il leur Dieu ? Où est-il notre Dieu, à l’heure de tant de douleurs et de terreur ? Il est avec l’humanité abandonnée et détruite. Il pleure, souffre avec elle et nous espère. Là est la joie miraculeuse du carême : notre Dieu nous espère.
Véronique Margron
Paru dans : La Vie du 12 février 2026, n° 4198
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Miércoles de Ceniza 2026
Joel 2, 12-18
¿Dónde está su Dios?
«¿Dónde está tu Dios?», oirá el exiliado del salmo 42, perseguido por sus enemigos que se burlan y se mofan de él. «¿Qué hace por ti?»
En este Miércoles de Ceniza, inicio de los 40 días de Cuaresma, acogemos la súplica del profeta Joel. Habla en el siglo VII, quizá VIII, antes de nuestra era. Su libro es breve, menos de 80 versículos, cuatro capítulos. Y, sin embargo, qué fuerza encierra.
Un doble azote cayó sobre Judá: una invasión de langostas y la sequía. No sabemos si fueron hechos reales o simbólicos. Pero, en cualquier caso, no faltaban las desgracias, como tampoco los enemigos. Tampoco hoy.
En Ucrania, en Irán, misiles, mercenarios, hombres cegados de humanidad caen para devorar toda vida, para no dejar más que cenizas y tinieblas. Sequía intensa, trágica, en los corazones y en las almas. Sequía del mundo que mira. En demasiadas tierras, las desgracias —silenciosas o no— se desatan y saquean las fuerzas de la vida, de la esperanza, de la confianza.
Todo esto proviene de la mano de los hombres. De ninguna otra. Son ellos quienes hacen «temblar la tierra». En su tiempo, ante estas catástrofes, Joel leía en ellas la cólera de Dios. Hoy, ante el estado de nuestro mundo, ante una humanidad devastada, pienso también que Dios está airado. Pero no descarga su brazo. Nosotros bastamos para provocar ruinas y dolores.
En cambio, quizá Él se pregunta, desde lo más hondo de su ser, desde su corazón sin límites: «¿Dónde está el ser humano? ¿Dónde está aquel que hice con mis manos, con mi aliento? A mi semejanza, a mi imagen».
«¿Ha desaparecido su amor?» No el amor de Dios, como en la inquietud del salmista del salmo 76, sino el amor del ser humano hacia su Dios, y hacia el otro ser humano, hacia su otro yo. ¿Qué ha sido de él?
¿Y si eso fuera lo que debemos acoger en este tiempo de Cuaresma? Escuchar así la súplica de Dios por la voz de su profeta:
«Volved a mí de todo corazón, con ayuno, con lágrimas y con luto. Rasgad vuestros corazones y no vuestros vestidos, y volved al Señor vuestro Dios…»
No se trata de ritos, de observancias, de lo sagrado entendido como separación.
«Odio vuestras solemnidades, me resultan una carga, estoy cansado de soportarlas. Cuando extendéis las manos, aparto mis ojos; por muchas oraciones que multipliquéis, no escucho: vuestras manos están llenas de sangre. Lavaos, purificaos. Apartad de mi vista vuestras malas acciones, dejad de hacer el mal. Aprended a hacer el bien, buscad la justicia…» (Is 1, 14-17).
Ahí está, ante todo, la llamada de la Cuaresma: la de cada existencia ordinaria que intenta, de verdad, seguir al Señor de abajo, crucificado por haber amado. Cumplir el ayuno que Él ama (Is 58, 5-9).
Conversión del corazón roto ante la carne y la vida encarceladas, ante el alma, la fe y el futuro pisoteados y deformados de tantas mujeres y hombres, cercanos o lejanos, pero siempre nuestro prójimo. Corazones desgarrados por la falta de respeto, de cuidado, por la mentira y la confusión.
Un corazón que, precisamente porque está herido, actúa. Desde ese punto del alma que sabe que, al no respetar el lugar del otro, su inalienable humanidad y su dimensión divina, me destruyo a mí mismo y nos destruimos como comunidad humana, embarcada junta, querámoslo o no.
Rasgarse los vestidos era signo de duelo y de dolor, como Job cuando se entera de la muerte de todos sus hijos (1,20). Entonces Job se levantó, rasgó su manto, se rapó la cabeza; luego se postró en tierra.
Hoy no se trata de duelo, sino de decisión: la de romper dentro de nosotros con toda forma de violencia, de manipulación, de falta de respeto. De comprometernos a velar por nuestra humanidad.
¿Dónde está su Dios? ¿Dónde está nuestro Dios, en medio de tanto dolor y terror? Está con la humanidad abandonada y destruida. Llora, sufre con ella y espera en nosotros.
Ahí está la alegría milagrosa de la Cuaresma: nuestro Dios espera en nosotros.
Véronique Margron
Publicado en: La Vie, 12 de febrero de 2026, n.º 4198
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